jeudi 30 octobre 2014

La lettre de M. Goulard aux maires : Un plaidoyer laborieux et sans envergure

Les arguments avancés par le président du conseil général pour tenter de justifier la grille tarifaire qu'il a enfin rendue publique présentent une faiblesse fondamentale : celle de considérer que la référence à la grille actuelle constitue une comparaison avec une situation satisfaisante. Il n'en est rien. Le niveau global des tarifs actuels est d'ores et déjà dissuasif pour la plupart des visiteurs comme en témoigne la baisse graduelle de la fréquentation des îles. Seuls les tarifs réduits accordés jusqu'à présent à certaines catégories d'usagers – tarifs qui n'ont rien de « préférentiel » - parviennent tant bien que mal à compenser en partie la désaffection croissante de ceux qui n'en bénéficient pas.

Encore faut-il nuancer car, même avec ces tarifs réduits, les familles d'insulaires et bon nombre de résidents secondaires hésitent déjà à faire de fréquents séjours sur les îles : une observation qui montre bien que les formules d'abonnement ne sauraient constituer un palliatif satisfaisant à la disparition des tarifs réduits. Au demeurant la faille du raisonnement est plus large encore. Manifestement les effets attendus de la nouvelle grille ne tiennent aucun compte des modifications du comportement des usagers qu'elle est susceptible de provoquer. On voit mal en effet comment cette nouvelle grille, calquée sur l'ancienne en pire, pourrait permettre de redresser les comptes structurellement dans le rouge d'un exploitant dont la politique commerciale se limite à espérer gagner plus en augmentant les prix et en réduisant la fréquence des passages. Il faut s'attendre au contraire à ce que les quelques concessions faites aujourd'hui à la contestation soient balayées dès la fin du premier exercice, parce que celui-ci aura été de nouveau lourdement déficitaire.

Ce niveau trop élevé des tarifs, quels qu'ils soient, témoigne d'un double échec : échec du délégataire actuel qui n'a pas rempli ses objectifs et a fait la preuve – au mieux - de son incompétence; échec d'une politique qui s'entête à vouloir considérer la desserte des îles avant tout comme une activité commerciale assurant accessoirement un service public. C'est tout le contraire. On ne reviendra pas sur la prétendue illégalité des tarifs réduits qui est un abus de langage. Le président du conseil général, prisonnier qu'il est d'une idéologie économique simpliste, ne sait aborder le problème des disparités tarifaires qu'en proposant un nivellement par le haut. Il ne lui vient pas à l'idée que, sous certaines conditions, un nivellement par le bas aurait peut-être plus de chances de permettre un remplissage satisfaisant des navires et par voie de conséquence une meilleure couverture de leur coût fixe.

Mais surtout il ne lui vient pas à l'idée que la desserte des îles est d'abord un service public de même nature que les transports collectifs terrestres et que l'effort financier du département en faveur des îles ne peut se comparer au coût direct des transports terrestres, qui est supporté pour la plus grande part par d'autre collectivités, dont l'Etat, et auquel il faudrait ajouter celui d'un ensemble d'infrastructures routières et ferroviaires constituées et entretenues de longue date.

Aucune sortie satisfaisante de la crise ne peut être attendue tant que le conseil général ne prendra pas les décisions nécessaires pour une remise à plat du dossier dans le cadre d'une large concertation avec les populations et les organismes publics et privés concernés. Ce n'est certainement pas avec les recettes et les méthodes du passé récent, qui ont fait la preuve de leur inefficacité, que l'on parviendra à mettre en place une desserte des îles répondant aux impératifs d'un aménagement du territoire intelligent, capable d'apporter des bénéfices à l'ensemble du département.

François Péchon