mercredi 8 octobre 2014

Le projet de DSP ne mérite même plus son nom

Le texte de la future délégation de « service public » (DSP) relatif aux liaisons maritimes entre les îles et le continent reste à ce jour un document secret, entouré de mystère, pour des raisons qui laissent penser que ses auteurs n'en sont pas très fiers, car rien dans la procédure de mise en concurrence ne justifie actuellement une telle dissimulation.

Petit à petit toutefois, certaines des dispositions du texte - ou de la version modifiée pour complaire aux exigence de l'unique candidat ayant déposé une offre - sont dévoilées au compte-goutte, comme s'il s'agissait d'assassiner les îles par un empoisonnement progressif à petites doses. La dernière en date de ces dispositions a été annoncée aux élus de Groix lundi dernier par l'étrange équipe qui avait été mandatée pour les recevoir.

Dans le cadre de la DSP précédente, qui court jusqu'à fin 2014, les tarifs insulaires sont indexés sur un certain nombre d'indicateurs censés refléter l'évolution des coûts supportés par l'exploitant, tels que par exemple le prix des carburants. Bien entendu cette indexation a toujours été appliquée à la hausse et a été complaisamment gelée par avenant lorsqu'elle aurait dû provoquer une baisse. Mais au moins une certaine objectivité régissait en principe l'évolution du tarif, comme il convient à la facturation d'un service public à ses usagers.

La nouvelle indexation prévue à partir de 2015 balaie complètement toute notion d'objectivité et par conséquent de respect des usages en matière de service public. En effet la référence devient le plein tarif commercial, librement fixé par l'exploitant. Le tarif insulaire serait à tout moment égal à 20% de ce tarif libre, ce qui entraîne notamment des tarifs insulaire différents selon la saison et selon que le voyage est effectué en semaine ou le week end.

Ainsi disparaitrait l'un des derniers obstacles à la banalisation commerciale d'un service dont dépend toute l'économie des îles, banalisation dont l'étape suivante pourrait la remise en cause du taux de 20%. Or le principe de cette banalisation, si chère au cœur des idéologues du libéralisme dont fait partie le président Goulard, c'est d'ignorer les « externalités » positives ou négatives, autrement dit les retombées indirectes de l'activité de l'exploitant et de ne s'intéresser qu'à la maximisation du profit que celui-ci - ou plutôt le groupe dont il fait partie - peut en tirer. Dans cette optique, le concept d'aménagement du territoire n'a pas sa place et les iliens ne sont rien d'autre qu'une espèce en voie de disparition.


Dans cette optique, le domaine du service public et de la solidarité est en régression constante au bénéfice d'une offre commerciale réservée à ceux qui ont les moyens de la payer. Il faudra sans doute malheureusement en passer par des catastrophes pour mettre en évidence qu'au niveau global, les profits de quelques uns ne compensent pas les pertes qui en résultent pour le plus grand nombre et que, sans même se référer à des considérations morales, il s'agit tout simplement d'une absurdité économique.