mercredi 22 octobre 2014

Les tarifs ne sont pas l'essentiel

Une grande part des commentaires figurant dans les médias à propos de la révolte des iliens morbihannais contre le projet de délégation de service public (DSP) préparé par le conseil général se focalise sur la question des tarifs. Deux raisons à cela :
  • le peu d'information sur ce projet qui a été rendu public concerne le nombre de rotations et une partie des tarifs ;
  • Le caractère aberrant de certains de ces tarifs menace directement l'activité économique et la vie quotidienne des îles parce qu'ils sont de nature à faire baisser dangereusement la fréquentation touristique de celles-ci et à provoquer une hausse sensible du coût de leurs approvisionnements ;

Il est regrettable que certains journaux nationaux aient mis en avant la hausse prévue du tarif passager pour les iliens, qui n'a rien d'inhabituel et ne justifierait évidemment pas la révolte des usagers. Une telle présentation relève d'une véritable désinformation.

En réalité au moins autant que le résultat – les tarifs et la fréquence – c'est bien la méthode employée par le président du conseil général qui a suscité la colère des usagers :

  • absence totale de concertation avec les usagers et leurs représentants ;
  • opacité de la procédure de mise en concurrence qui a conduit à une offre unique présentée par le délégataire sortant, qui n'a pas rempli ses engagements, a accumulé les pertes et dont la gestion fait l'objet de graves critiques de la part de le chambre régionale des comptes ;
  • attitude méprisante à l'égard des premiers contestataires qui ne pouvait que renforcer la suspicion à l'égard des choix opérés et des motivations de ces choix ;
  • désinformation volontaire au sujet des recommandations de la chambre régionale de comptes qui n'a nullement employé le terme « illégal » à propos des tarifs préférentiels, et pour cause : ces tarifs ne sont pas « illégaux » ils sont seulement en contradiction avec une jurisprudence du conseil d'état datant du début des années 70 et qui a sensiblement évolué depuis ;
  • argumentaire financier à courte vue ignorant le caractère de service public des liaisons maritimes et leurs retombées économiques ;
  • absence d'esprit critique face à la politique commerciale proposée par Veolia-Transdev-Océane : l'augmentation des tarifs et la réduction des rotations en période creuse est exactement l'inverse de ce qu'il faudrait faire pour accroître les recettes.
C'est pourquoi les petites reculades récentes sur les tarifs pour tenter d'amadouer les élus des îles n'ont aucune chance de susciter un apaisement. L'expérience de la DSP en cours a montré qu'aucune confiance ne pouvait être accordée à des engagements sur les tarifs, car les règles tarifaires fixées par le contrat initial peuvent ensuite être modifiés par des avenants conclus de façon expéditive. Le mouvement ne peut donc que se radicaliser afin d'obtenir un changement de méthode qui passe par :

  • un rejet par l'assemblée départementale du projet de DSP contesté ;
  • une prolongation d'un an de la délégation en cours ;
  • l'utilisation de ce délai pour étudier dans la sérénité, sans a priori, et en concertation avec les usagers l'ensemble des modalités possibles de gestion des liaisons maritimes ;
  • la reconnaissance que l'objectif premier doit être la qualité et l'efficacité d'un service public de transports maritimes qui relève d'un droit reconnu par la loi, et ne doit pas être dévoyé en activité commerciale pour le seul profit d'un groupe privé (même si par ailleurs ses fonds propres sont constitués en majorité des capitaux publics) ;

Le collectif insulaire a entrepris des démarches auprès des conseillers généraux pour s'efforcer de les convaincre dans un premier temps de voter contre la DSP. Les premiers rendez-vous sont fixés dans les prochains jours. On peut espérer qu'un nombre suffisant d'élus départementaux comprendront que les attentes des insulaires sont pleinement justifiées et souhaiteront sortir de l'impasse où les met l'attitude intransigeante du président Goulard.

François Péchon