jeudi 20 novembre 2014

Un non-évènement

Le vote de la DSP imposé par le rouleau compresseur de la majorité départementale mardi 18 novembre ne règle pas le problème des liaisons maritimes entre les îles et le continent. Le scénario économique qui sous-tend le contrat qui va être signé n'est absolument pas crédible. La compagnie qui s'apprête a reprendre le service a perdu en moyenne un million par an au cours des six années du précédent contrat et a enregistré une chute de la fréquentation des navires au total et plus particulièrement du fait des usagers payant pleins tarifs. Car ces pleins tarif sont déjà, et depuis longtemps, trop élevés.

On voudrait nous faire croire que désormais la fréquentation va repartir à la hausse avec des tarifs encore plus chers, appliqués désormais à une catégorie plus large d'usagers (visiteurs, mais aussi résidents secondaires et enfants d'insulaires). Et ce ne seront certainement pas quelques baisses minimes en périodes creuses qui feront la compensation. On voudrait nous faire croire que les charges vont baisser, notamment les charges de personnel grâce à des départs en retraite non remplacés (?) : un scénario souvent promis mais qui ne se réalise jamais. Et grâce à toute cette prestidigitation la compagnie Océane prétend désormais qu'elle va faire du profit et même peut-être en reverser au département.

Ce miracle ne se réalisera évidemment pas. Il faut au contraire s'attendre à une prolongation de la série des pertes enregistrées dans le passé. Dans un an, dans deux ans au plus, la compagnie aura été de nouveau renflouée par sa maison mère – son capital social atteint à peine le quart de ses pertes annuelles historiques – et Transdev ou Véolia aura déjà commencé à manier le chantage au dépôt de bilan pour revoir à la hausse la contribution du département, c'est à dire du contribuable. D'autres exemples sont là pour nous en convaincre.

C'est pourquoi nous avons désormais à nous consacrer au même travail que celui que nous aurions eu à faire si un moratoire avait été obtenu : bâtir une alternative crédible et durable à la fausse solution que constitue la DSP telle qu'elle a été votée par le conseil général. Il s'agit notamment de créer les conditions d'un véritable service public de transport maritime entre les îles et le continent, mais aussi d'inverser totalement la stratégie commerciale à l'égard des usagers ne relevant pas du service public. Les délimitation de cette catégorie reste d'ailleurs à définir et on peut légitimement défendre l'idée que, comme pour les transports collectifs terrestres, l'ensemble de l'activité relève du service public. Mais, à supposer que le maintien d'une activité de nature purement commerciale soit justifié, ce n'est certainement pas avec des hausses de tarifs que l'on peut inverser une tendance lourde de baisse de la fréquentation.


En définitive l'épisode du vote de la DSP est un non-évènement puisqu'il ne modifie en rien l'agenda qui aurait été le nôtre si la DSP n'avait pas été votée.

François Péchon