dimanche 21 décembre 2014

ÎLES EN DANGER ... DE MORT

Après Groix et Belle Ile, l'association « Iles en Danger » est allée à la rencontre des habitants de Houat et Hoedic. Houat en hiver c'est 200 personnes, Hoedic 80. La liaison maritime c'est une rotation commune aux deux îles le matin, une autre le soir. Un trajet de trois quarts d'heure pour Houat mais de près d'une heure et demie pour Hoedic. Pas de voiture, pas de camion : des palettes et quelques passagers. Le problème de ces îles c'est bien entendu la précarité d'une liaison maritime dont un simple changement d'horaire pourrait bouleverser la vie de certains habitants (que se passerait-il si le Melvan cessait de dormir la nuit à Hoedic en hiver?)

Mais c'est aussi et peut être surtout la fragilité qui résulte des conséquences en chaîne, sur des populations aussi réduites, d'évènements tout à fait banals ailleurs. L'école primaire de Houat ne compte aujourd'hui que deux élèves, en CP. L'éducation nationale maintient néanmoins un instituteur et l'école reste donc ouverte, rendant possible l'éventuelle installation sur l'île de familles avec enfants. Mais que se passerait-il si à la suite du départ des parents de l'un des élèves actuels, l'école venait à fermer, entraînant évidemment le départ d'une autre famille, celle de l'instituteur et l'impossibilité d'accueillir les enfants d'éventuels nouveaux arrivants?

Les activités agricoles sont quasi inexistantes, à l'exception de l'élevage des agneaux à viande à Hoedic, un produit de qualité mais dont les débouchés restent limités et ne permettent pas à l'éleveur de vivre : il est aussi cuisinier, pompier volontaire et élu local. Presque tous les actifs cumulent ainsi plusieurs activités plus ou moins rémunératrices – plutôt moins que plus. La pêche est restée longtemps à Houat une activité importante – la seule en fait. C'est terminé : comme à Groix, il ne reste aujourd'hui que quatre pêcheurs. Un cinquième qui voulait s'installer avec femme et enfant n'a pas pu trouver à se loger. Une aubaine pour Hoedic qui eu la chance exceptionnelle de pouvoir l'accueillir.

Chance exceptionnelle car, comme sur les îles plus grandes, mais plus encore, le logement des actifs se heurte à des difficultés la plupart du temps insurmontables. Un problème foncier d'abord : pour des raisons en partie différentes, il n'y a en pratique aucun terrain constructible disponible ni sur l'une ni sur l'autre des deux îles. Le patrimoine construit est quant à lui composé à plus de 60% de résidences secondaires fermées au moins dix mois sur douze, et valorisées à des prix de toutes façons inabordables pour de jeunes ménages : leurs revenus seraient à la mesure de la précarité des quelques activités qu'ils pourraient exercer à l'année sur les îles.

La saisonnalité ensuite est l'un des facteurs de la fragilité des conditions de vie de la population permanente. Pour quelques commerçants courageux qui ont accepté de prendre le risque d'ouvrir toute l'année et apportent aux habitants les services de premières nécessité sans lesquels la vie deviendrait impossible, combien ne recherchent que le profit qu'ils peuvent tirer des seuls visiteurs et résidents secondaires présents à la belle saison. A la résidence secondaire répond ainsi un commerce « secondaire » qui vient concurrencer en été les commerces permanents, qu'ils privent ainsi d'une partie importante des revenus que ceux-ci mériteraient plus que d'autres. Implacable loi du marché, antinomique de la justice qu'exigerait une vraie politique d'aménagement du territoire.

Pas étonnant dans ces conditions, que la main tendue « d'Îles en Danger » laisse beaucoup d'habitants sans grand espoir. Sensibles à la solidarité proposée, il restent sceptiques sur l'efficacité de ce qui peut être entrepris. Ile sont pourtant conscients que l'évolution qu'ils ont connue et qui suscite leur sentiment de grande précarité menace à terme plus ou moins rapproché les autres îles. Il nous l'ont dit : « nous préfigurons ce qui risque de vous arriver dans dix ou vingt ans » . Ce manque d'espoir et la première des cibles auxquelles auxquelles « Îles en Danger » doit s'attaquer ici. Les relais existent : il faut les dynamiser.

La solidarité entre les îles se révèle être non pas un bel idéal un peu utopique, mais bien une nécessité vitale. Nous n'aurons pas d'avenir si les petites îles n'en ont pas. La reconnaissance d'un statut rendant obligatoire la mise en place et le maintien de services publics permettant de stopper le déclin démographique et économique des îles, quelle que soit leur taille, est la condition première d'une reconnaissance effective du droit de vivre sur les îles.

Seul un mouvement citoyen comme « Iles en Danger » peut faire bouger les choses. Les élus locaux, au bas de l'échelle d'une organisation territoriale et politique pyramidale, tentent bien de négocier au jour le jour les aménagements des dispositifs en place permettant de limiter les dégâts. Mais, prisonnier de la nécessité de ne pas contrarier de plus puissants personnages, qui d'ailleurs les méprisent, mais dispensent les subsides dont il est impossible pour leurs communes de se passer, ils redoutent toute action un peu vigoureuse pour gagner la bataille du long terme.

La crise ouverte par la DSP morbihannaise n'est que le révélateur d'un danger bien plus profond. Houat et Hoedic, comme demain sans doute les îles de la mer d'Iroise dont elles se sentent très proches, doivent devenir le fer de lance d'une bataille dont les habitants des grandes îles n'identifient peut-être pas tous les enjeux, aveuglés qu'ils sont par le relatif confort dont ils bénéficient encore. Mais pour combien de temps ?

L'Avenir de Groix est directement concerné par cette problématique. Rappelons la première phrase de l'article des statuts qui définit l'objet de l'association :

« L'association a pour objectif de fédérer les efforts en vue de maintenir et de développer la vitalité démographique, économique et culturelle de l'île de Groix. »

Cet objectif ne sera pas atteint s'il reste uniquement centré sur Groix. Cela ne remet pas en cause la spécificité de notre association mais définit une exigence : celle de replacer la défense de notre île dans le contexte des menaces qui pèsent sur toutes les îles.

François Péchon

samedi 6 décembre 2014

Prochain Conseil Municipal (voir agenda)

L’ordre du jour comprendra les questions suivantes :
1/ Approbation du PV de la séance du 31 octobre 2014
2/ Décision modificative au budget principal
3/ Décision modificative au budget annexe Port Tudy
4/ Décision modificative au budget annexe Camping
5/ Emprunt Budget annexe Port Tudy
6/ Aide à un voyage pédagogique
7/ Tarifs Port Tudy 2015
8/ Loyers 2015 Logements communaux gérés par BSH
9/ Indemnité de conseil allouée aux Comptables du Trésor chargés des fonctions de Receveur des Communes
10/ Documents d'arpentage – validation
11/ Echange de terrains et servitude avec la SCI GROIX SAULIEU
12/ Nouvelle convention E-Megalis
13/ Groupement de commande Electricité – Gaz avec Lorient agglomération
14/ Plan de financement Leader - Tourisme durable 2014/2015
15/ Information au conseil des décisions prises par délégation
16/ Questions diverses

jeudi 4 décembre 2014

L'avenir est entre nos mains

L'heure n'est plus aux manifestations qui font plus de tort aux commerçants insulaires qu'à la compagnie Océane et constituent une aubaine pour des agitateurs dont les visées politiques sont totalement étrangères à la défense de nos îles

L'heure n'est plus à des règlements de comptes dont la caractère sordide le dispute à la puérilité. Le manque de courage d'une élue plus soucieuse de déterminer avec qui elle vote que pourquoi elle vote ne justifie pas de tels débordements.

Et sans doute, l'heure n'est même plus à l'interpellation de l'autorité préfectorale au titre du contrôle de légalité. L'immobilisme qui a suivi l'annonce par le ministre chargé des transports d'une mission de médiation confiée au Préfet laisse prévoir le peu de cas que ce même Préfet fera d'une telle interpellation.

L'heure est à un travail sérieux sur les possibilités d'attaquer en justice la décision du conseil général et plus encore à une étude approfondie permettant de proposer une alternative durable au montage bancal imposé par le conseil général. Car ce montage ouvre sans doute à court terme des possibilités de négociations tarifaires pour le transport de marchandises, qui n'entre pas dans le cadre de la délégation de service public, mais il ne faut pas se faire d'illusion : l'interlocuteur de ces négociations, la compagnie Océane, n'est pas suffisamment solide pour garantir la pérennité des accords qui pourraient être obtenus.

On découvrira peut-être un jour les vraies raisons pour lesquelles M. Goulard s'est entêté à vouloir à tout prix confier à nouveau la desserte des iles à un opérateur dont l'incompétence en matière de transports maritimes n'était plus à démontrer. Mais quoi qu'il en soit les mêmes causes produiront très vite les mêmes effets : une exploitation déficitaire qui provoquera un conflit avec le conseil général renouvelé après les élections du printemps prochain et apportera la preuve du manque de sincérité du scénario financier présenté à l'appui de l'offre de la compagnie Océane.

Or que ce soit à la suite d'une annulation du contrat pour cette raison ou d'un dépôt de bilan de la compagnie que son actionnaire ne serait pas en mesure ou refuserait de renflouer, il faudra, sans doute dans un proche avenir, avoir suffisamment travaillé pour pouvoir proposer un dispositif capable d'assurer la continuité et surtout l'amélioration du service public de desserte des îles. Il ne faut compter que sur nos propres forces pour réunir les compétences nécessaires à ce travail et c'est pourquoi le grand mouvement unitaire inter-iles que constitue l'association « iles en danger » est un outil fondamental.

Quant à l'action sur le terrain elle doit se concentrer désormais sur l'interpellation des futurs candidats aux élections départementales de mars prochain : rencontres avec ces candidats, présence active à leurs réunions électorales. Tout doit être fait pour tenter d'empêcher la reconstitution d'une majorité départementale – quelle qu'elle soit – qui n'aurait pas pris l'engagement d'un partenariat constructif avec les représentants des usagers des transports maritimes.

François Péchon