vendredi 20 novembre 2015

Un attentat contre la jeunesse

Les attentats du 13 novembre sont en définitive un affrontement interne à l'Europe et dans une grande mesure interne à une génération, à une jeunesse qui d'un côté comme de l'autre échappe aux catégories auxquelles se réfèrent les professionnels de la politique.

D'un côté en effet, celui des agresseurs, il y a des petits malfrats sans envergure, des délinquants de droit commun, braqueurs, dealers, ratés. De jeunes crétins qui croient se donner une stature de héros en se faisant les exécuteurs de basses œuvre d'une mafia internationale dont l'intégrisme religieux n'est que la couverture idéologique d'une entreprise de prise de pouvoir et de domination par la terreur. Plus que la religion, c'est la volonté de puissance qui anime, comme bien d'autres en d'autres temps, cette poignée de scélérats qui méprisent mais utilisent les petits imbéciles de français, de belges ou d'autres européens prêts à tout pour sortir de leur nullité.

De l'autre, celui des agressés, une jeunesse aux origines multiples, entreprenante, éprise de liberté, aimant la vie, le rock, la rigolade entre amis aux terrasse des cafés, confiante dans l'avenir mais méfiante à l'égard des maîtres à penser de tous poils. Cette jeunesse constitue les forces vives d'une Europe ouverte qui, après une longue histoire et bien des épisodes sanglants, s'est largement affranchie des idéologies exploitées par les dictateurs. Cette liberté reste perpétuellement menacée par la volonté de domination des uns et la crédulité des autres. Mais la forme prise le 13 novembre par l'agression a sans doute suscité une prise de conscience de cette menace et de la nécessité de défendre une liberté qui paraissait jusqu'alors une évidence.

Face à l'évènement, le gouvernement et les institutions de la République ont joué leur rôle avec sang-froid, courage et efficacité. En revanche on reste confondu devant le vide de sens et la futilité qui caractérise, à tous les niveaux, les déclarations de la plupart des responsables politiques, uniquement préoccupés de l'exploitation de cet événement pour leur petite stratégie électorale.

Contrairement à la génération précédente, la jeunesse qui a constitué la cible des terroristes est généralement méfiante à l'égard de la politique, devenue à ses yeux le fond de commerce d'une caste professionnelle plus soucieuse des ses intérêts particuliers que de l'intérêt général. Ce n'est certes pas le silence de nombreux responsables locaux ou la désolante nullité des propos tenus par certains d'entre eux qui réconciliera nos enfants et petits enfants avec un engagement politique pourtant plus que jamais nécessaire face aux menaces qui pèsent sur la démocratie

François Péchon