mardi 19 janvier 2016

Les changements climatiques et l’océan : passé présent et futur


Par Laurent Labeyrie
Professeur Honoraire de l’Institut Universitaire de France
Co-Président de l’association Clim’Actions Bretagne sud  


Le moteur du climat terrestre est l’énergie solaire. Les 1400 w/m2 reçus au zénith correspondent, répartis sur la surface terrestre, à une température de rayonnement vers l’espace voisine de -18°C. L’atmosphère, qui agit comme un pull-over par son effet de serre, a assuré au cours de l’histoire de la Terre, une température moyenne à la surface de +10 à +25°C, suivant la distribution des continents, la présence de glace autour des pôles, et les changements de la teneur de l’atmosphère en gaz carbonique (CO2). Le CO2 est introduit par les activités volcaniques et humaines, et piégé par l’activité photosynthétique et la dégradation des roches.

On est arrivé depuis plus de 30 millions d’année dans une longue période glaciaire, plus ou moins forte suivant la lente dérive des continents et les oscillations de l'orbite terrestre autour du soleil. Depuis un siècle, la combustion rapide du carbone fossile et l’augmentation associée de l’effet de serre a amené la température moyenne du globe de +14 à +15°C approximativement. Bien sur, derrière cette moyenne se cachent des variations tant spatiales que temporelle de grande amplitude, et ce sont les extrêmes, tant en température qu’en force des vents, précipitations ou sécheresses, qui nous affectent le plus.

Ces variations sont liées à la complexité des interactions entre l’énergie solaire qui arrive (en partie concentrée sur les basses latitudes et l’hémisphère d’« été »), la transformation en chaleur, qui s’effectue surtout à la surface du sol et des océans, puis la réémission par rayonnement et le transport turbulent de cette chaleur vers l’atmosphère et les profondeurs océaniques, pour être progressivement libérée dans la haute atmosphère. Les déplacements atmosphériques et océaniques participent à la redistribution de l’énergie. Ils sont directement influencés par les effets de la rotation terrestre et des forces associées. A ces phénomènes se rajoute le cycle de l’eau, qui lui aussi déplace beaucoup d’énergie lors de l’évaporation et la condensation, l’effet réflecteur des nuages, de la neige, de la glace et des déserts, et au contraire la grande absorption des forêts et de la surface de l’océan.

A plus long terme, c’est le CO2 qui joue un rôle important dans la variabilité climatique, absorbé par les eaux froides sous saturées, rejeté par les eaux chaudes sursaturées, stocké dans la matière organique par la photosynthèse (dans les sols continentaux et en profondeur des océans à la mort du plancton), et réémis sous forme de CO2 par la dégradation bactérienne.

L’augmentation en cours de la température terrestre et du CO2 dans l’atmosphère commencent à avoir de nombreuses conséquences : montée du niveau de la mer (en moyenne environ 3 mm/an à présent) par dilatation liée au réchauffement progressif des océans, et par la fonte des glaciers, augmentation apparente de la fréquence et de la force des extrêmes climatiques (ouragans, inondations, sécheresses ..) et conséquences sur l’érosion des côtes et les risques de submersion, augmentation de l’acidité des océans...

Les travaux des climatologues, synthétisés dans les rapports du GIEC, montrent que ces tendances vont s’accentuer fortement dans les prochaines dizaines d’années et vont conduire à des déséquilibres très graves pour l’humanité et la biosphère si un effort particulier n’est pas engagé rapidement pour réduire nos émissions : il faudrait diminuer au minimum par 4 nos émissions annuelles d’ici 2050 pour limiter le réchauffement futur à un degré de plus, valeur maximale pour éviter l’addition des catastrophes, en particulier pour les nations les plus pauvres. Nous n’avons une chance d’atteindre cet objectif qu’en engageant en urgence (avant 5 à 10 ans), les changements sociaux, économiques et énergétiques nécessaire dans nos sociétés, tant pour le chauffage que l’urbanisme, les matériaux de construction, les transports, l’agriculture...

Il faudra d’autre part s’adapter aux changements qui de toute façon, plus ou moins violents, ne manqueront pas d’arriver, car la dérive climatique liée aux émissions déjà existantes est en route, et ne s’arrêtera pas de sitôt.

C’est aux nations développées, aptes à développer les outils et à investir suffisamment, de mener ces actions. Le retour ne peut qu’être positif à long terme, en particulier pour la qualité de la vie. Nous devons tous prendre notre part dans la préparation de ces changements. Les exemples d’actions déjà engagées s’accumulent, tant à l‘étranger qu’en France et en Bretagne. Il est temps d’accentuer la mobilisation sur notre territoire.

Aussi, proposons nous à tous les acteurs civils, associatifs et politiques de nos territoires de s’associer à Clim’actions Bretagne sud afin d’engager dès maintenant des actions pour atténuer les effets des changements climatiques et de faciliter l’adaptation à leurs effets.


Au cours de sa conférence, le 8 janvier dernier, Laurent Labeyrie a aussi expliqué que les changements climatiques affecteront le climat de la Bretagne de façon en partie positive : en quelques décennies le climat breton pourrait ressembler au climat actuel de l’Andalousie. Il en résultera une forte attractivité du territoire breton tandis que la dégradation du climat (tempêtes et même ouragans) sur des territoires plus au sud, aujourd’hui très prisés, aura tendance à en chasser, sinon les habitants permanents, du moins les touristes. En outre cette évolution aura des conséquences importantes sur le faune, la flore et l’agriculture. La culture de la vigne par exemple se déplacera vers le nord et pourrait notamment se développer en Bretagne. 

https://drive.google.com/file/d/0BxacqMOtLa5HcjkwWEh3cFdjVVk/view?usp=sharing